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la marche du callypso février 3 2010

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( chapitre 1)

Martial sentait un léger parfum flotter autour de lui, mais ce matin là il lui était impossible d’en définir la substance, comme si cette odeur lui parvenait pour la première fois.

Il restait là allongé, avec une sensation bizarre, son corps entier semblait sans poids, comme enveloppé de coton, il ne pouvait bouger aucun de ses membres, et même sa respiration s’étirait lente et inaudible.

Sous ses paupières closes, une douce lumière lui parvenait, mais lorsqu’il voulu les entrouvrir, ce fut impossible.Elles semblaient collées ou peut-être soudées comme dans ce vieux film d’horreur qu’il se souvenait avoir vu enfant, et dans lequel  un psychopathe enlevait des jeunes filles et leur cousait les paupières avec du fil de pèche.

Il avait longtemps gardé en mémoire les frissons d’effroi que lui avaient donné ces images horribles et les cris de ces gosses écorchés, et bien souvent lors de grandes parties de pèche avec son père, il avait senti la bile lui envahir la bouche à la vue d’un simple bout de nylon.

Mais là il avait 40 ans, une femme et deux enfants, ses peurs d’enfants s’étaient évanouies depuis longtemps, alors cette situation commençait à lui devenir inconfortable.

que lui arrivait-il ce matin? il c’était mis au lit comme chaque soir vers 22h00, auprès de son épouse Anaïs, après qu’ils eurent couché les enfants.Le sommeil était venu le cueillir alors que la télé diffusait des images de mers lointaines aux plages d’or, et qu’Ana lovée contre lui respirait paisiblement,  plongée dans des rêves qu’ils ne connaitrait jamais.

Il ne se souvenait pas de son diner de la veille au soir, certainement une salade composée comme il en raffole tant, agrémentée de thon,  de vinaigre balsamique et gingembre frais.Un verre de vin rouge légèrement frappé partagé avec sa femme,  un repas animé autour de ses deux monstres bavards,  comme depuis des années, une vie simple et heureuse en somme.

Perdu dans les pensés de son cerveau engourdi, il n’entendit pas une porte s’ouvrir, mais senti  le mouvement léger de l’air et le changement de température qui suivi.Il voulu parler à anaïs persuadé qu’elle venait d’entrer dans leur chambre à coucher, mais au comble de l’angoisse aucun son ne se forma dans sa bouche sèche et il ne pu remuer la langue comme si elle fut de plomb.Dans un éclair qui le glaça, il se vit alors tel un cadavre sur une table d’autopsie, nu sous un drap, attendant la froide lame qui le découperait comme le poulet du dimanche.Mais un cadavre vivant!! un être coincé dans une enveloppe dont les fluides de vie s’en seraient allés, laissant une étincelle de conscience dans un recoin, ultime vestige de ce qui fut un homme,  lui !!

Ce n’est qu’un affreux cauchemar se disait-il en boucle, je ne peux être mort, j’ai à peine 40 ans , j’ai cessé de fumer voilà 13 ans, je cours plusieurs jours de la semaine, mon cœur est parfait, je vais me réveiller, et ana me serrera dans ses bras, on fera l’amour en riant comme des ados, et tout sera oublié.”Allez  réveillez vous, réveillez vous s’il vous plait”,”je vous en supplie………..”, avait il entendu ses mots? ou ses pensés lui arrivaient-elles comme des spasmes à ses tympans? il ne savait que penser, tout s’embrouillait dans sa tête, et c’est à ce moment là qu’il bascula dans un profond sommeil noir et sans rêve.

Martial sorti de sa torpeur avec l’impression désagréable que son cauchemar s’accrochait encore à lui, cherchant à envelopper et engourdir son réveil, telle une pieuvre aux puissantes tentacules vous attirerait dans une froide et sombre grotte pour mieux vous dévorer.Il s’étira mais son geste lui paru lent et désordonné, et il s’aperçut qu’il n’avait certainement pas bougé d’un centimètre tant son corps semblait rivé comme  un papillon piqué sur un tableau de liège.

“monsieur??”, “monsieur, vous…..,vous m’entendez monsieur??”, ce n’était pas la voix d’anaïs, mais il lui semblait reconnaitre l’accent étranger de cette femme qui s’adressait à lui.Il tenta d’ouvrir la bouche pour lui hurler que oui, oui il l’entendait , oui il était vivant, oui, hurler ,hurler enfin,  mais de ses lèvres entrouvertes ne sortirent que les bribes d’un râle, et il sentit une larme chaude couler sur sa joue.

Il comprit sur l’instant qu’il ne rêvait pas et que quelque chose de grave lui était arrivé durant la nuit.Il n’était pas chez lui, pas dans sa chambre où il lui arrivait de passer de longues heures à lire des revues de voyages et de bateaux.Cette main qui délicatement essuyait cette larme symbole de vie, n’était pas celle de sa douce ana, et le souffle chaud sur son front n’était pas celui qui précéderait  les lèvres de son amour.

“martial, monsieur? ce n’est pas possible, vous m’entendez? oh mon dieux!!! …….”,  la porte se referma violemment et il entendit des pas précipités claquer dans ce qui lui sembla être un long couloir.Seul, à nouveau et livré à ses pensés confuses, il chercha à reconnaitre en lui le mal qui l’avait mené ici.Il ne ressentait aucune douleur dans ses membres endormis, aucune fièvre ne le faisait frissonner, et sa seule sensation était d’avoir la bouche sèche, si sèche.Peut-être l’avait-on mis sous calmants, afin qu’il ne souffre pas, ce qui expliquerait qu’il ne sente plus son corps, et sois si confus dans son esprit.Oui c’était ça, il était assommé de drogue et se trouvait certainement dans une chambre d’hôpital, il reconnaissait cette odeur maintenant, cette odeur entêtante  des désinfectants qui l’avait surpris à son réveil, il y a quelques heure, il y a quelques jours, il ne savait plus.

Une bruyante agitation où se mêlaient murmures et claquements de chaussures, le sortit de ses réflexions.La porte s’ouvrit, laissant passer ce qui lui parut être un flot compact de personnes silencieuses, pourtant il lui semblait sentir le poids de leur regard sur son corps ainsi offert.Le drap glissa lentement vers ses genoux et il senti au souffle de l’air qu’il était habillé de sa nudité la plus crue, et là, observé comme un poisson mort sur un étal de marché, il implorait qu’on lui dise enfin ce qui lui était arrivé.

(chapitre 2)

Martial sait maintenant que sa vie a changé depuis hier soir, depuis cette nuit, ou depuis quand en fait?il ne saurait le dire, puisque coupé de ses sens majeurs, il guette désormais toute personne pouvant mettre des mots sur ses maux.

nu, sous l’œil  intrigué de ces mouettes de chalut comme il se les imagine, le poisson-Martial tend son ouïe pour saisir quelques mots des murmures qu’il perçoit.”pouls, tension, température” sont les mots qu’il saisit sur l’instant, mais “date, temps,age,”tournent dans sa tête comme des papillons  ivres au soleil.

Il perçut nettement un mouvement  plus près de lui, en même temps qu’une ombre  passait derrière ses paupières closes, une forte odeur de tabac et de transpiration mêles lui souleva le coeur.Il sentit qu’on lui tirait une paupière, et la vive lumière d’une lampe lui irradia la rétine durant quelques instant, la douleur lui fit presque plaisir, tant elle prouvait qu’il était bien vivant.

“réaction au stimuli” “tension oculaire” , encore des mots qu’il entendait et recevait comme une bénédiction, malgré le malaise qu’il ressentait face à cette intrusion intime non désirée.Lui qui avait toujours refusé de dépendre de quiconque et évité d’abuser des médecins, se retrouvait à leur merci, objet de curiosité sans en comprendre ni le sens ni le pourquoi.soudain,  sa vision s’ adapta, et avec son œil laissé entre-ouvert il vit que le groupe de mouettes curieuses n’était autre qu’un cortège de médecins et infirmières, et que dans leur regard interloqués on pouvait lire de la pitié .Un jeune médecin qui ne devait pas avoir plus de 28 ans se tenait là, bouche entrouverte , bras ballant, les yeux fixes d’où débordaient un flot de larme maculant sa blouse qui avait dû être blanche un jour.A ses côtés deux vieux médecins aux cheveux rares, semblaient absorbés à écrire dans leur calepin avec des gestes épileptique, lui jetant de rapides coup d’œil à intervalle régulier.De l’autre côté du lit en fer blanc, se tenait une infirmière qui lui semblait familière mais qu’il était pourtant certain de ne jamais l’avoir rencontrée auparavant.Elle ne devait pas avoir plus de 40 ou 45 ans, le visage grave et de grands yeux bleus qui brillaient comme jamais il n’en avait vu, mais ce qui marqua Martial ce fut le son de sa  voix et ce qu’elle lui dit:” monsieur Lypso, Martial, soyez le bienvenu”.

Bien sûr il ne comprit pas toute la portée de ces mots, mais  la gravité du ton, ainsi que le collège d’observateurs autour de lui ne laissaient planer aucun doute sur la gravité de son cas.Martial dont on avait refermé la paupière,  se retrouvait à nouveau isolé du monde, avec d’innombrables questions qui se bousculaient dans sa tête, dont une lancinante et récurrente, où donc étaient anaïs et ses enfants, et pourquoi se sentait-il si désespérément seul?

Les visiteurs, un à un quittèrent la pièce en silence, et quand la porte se referma, il n’entendit que le ronronnement de la climatisation, et le bip-bip-bip d’un appareil à sa gauche.Il glissa de nouveau dans un sommeil qui l’emmena vers des rêves agités et  sombres.il voyait défiler une ligne blanche à haute vitesse qu’il suivait et qui s’enroulait en spirale dans une chute vertigineuse et sans fin.L’instant suivant, c’est pris dans un filet de pêche et englué de toute sorte de déchets qu’il tentait désespérément de s’arracher à la prison qui allait bientôt faire éclater son cœur.Plus il se débattait, et plus d’immondes matières visqueuses glissaient dans sa gorge le faisant suffoquer.Il sentit une présence au dessus de lui et  entendit nettement la voix d’ana qui lui criait “je t’en prie sauve moi….je suis perdue…”.L’instant suivant, dans une échoppe de vieux bouquins poussiéreux, il se tenait assis à un bureau d’écolier bien trop petit pour lui, avec sous les yeux ce qui lui paru être un album de photos.les pages tournaient lentement au début et il assistait impuissant au film de sa vie, ses parents, son enfance, ses amis et les vacances à la plage.Tout s’accéléra ensuite avec l’enchainement des pages à haute vitesse créant l’illusion d’un film où il voyait ses parents vieillir  en un instant, des bâtiments s’ériger et tomber en ruine, des horloges aux aiguilles folles et enfin le visage de ses enfants sur la dernière page, cote à cote le fixant de leurs orbites vides.L’album se referma dans un nuage de poussière grise qui brouilla sa vue un instant et les bibliothèques en chêne autour de lui s’évanouirent pour laisser place à un immense champ de blé dansant sous le vent.Il marchait et sentait nettement le rêche frottement des épis sur sur ces cuisses nue, et plus il avançait, plus il ressentait une vive douleur lui irradier les chairs.Regardant ses jambes il les vit couvertes de plaies et de lambeaux de peau,  elles étaient comme déchirées, et il se rendit compte alors, que ce qu’il prenait pour des grains de blé étaient en fait des dents.La course qu’il entreprit alors pour échapper aux voraces végétaux lui paru grotesque, ses jambes bougeant au ralenti et ses pieds s’enfonçant à chaque pas un peu plus dans une sorte de mélasse collante.il sentait ses forces l’abandonner, la respiration lui manquer et ses pores relâcher des litres de sueur, lorsqu’une main sortie de nulle part  essuya son visage trempé,  il se retrouva de nouveau dans sa chambre d’hôpital.

(chapitre 3)

Refermant la porte de la chambre 107, le Professeur Perez semblait partagé entre plusieurs sentiments étranges.C’était toujours une immense émotion d’assister au réveil d’un comas de longue durée, mais il savait aussi que rien n’était encore gagné, et qu’une épreuve attendait non seulement le patient mais aussi son équipe.Son confrère et ami Eliot Masson marchait juste au côté de Régina Saska l’infirmière en chef, il était psychiatre et avait été publié dans de nombreuses revues médicales pour ses travaux sur la défaillance de la formation réticulée activatrice ascendante du tronc cérébral,vulgairement appelé Comas.

Le petit groupe était accompagné d’un jeune médecin encore bouleversé d’avoir assisté à son premier réveil et dont les jambes semblaient dotées d’une vie indépendante tant sa démarche peu assurée l’aurait en d’autres circonstances envoyée en cellule de dégrisement.Il s’appelait Sauveur Plazil, et depuis 3 ans  dans le service de neurologie de l’hôpital, il n’avait pas réussi à trouver sa place au sein de l’équipe du professeur Perez.Ce grand garçon maigre et pale avait choisi d’exercer en neurologie afin d’aider patients et familles, mais aussi pour exorciser les démons qui l’avaient hanté depuis la disparition de sa mère suite à une lente dégénérescence des fonctions cérébrales.Son impuissance à aider cet être si cher dans cette tragique perte de toutes facultés mentales, l’avait rendu fragile dans sa gestion des émotions, et anéanti le peu de foi qui eu existé en lui.

L’équipe  se retrouva dans le bureau du professeur Perez, et commença alors une réunion  hier encore improbable: Le retour à la vie de Martial LLYPSO.

Derrière un bureau massif  chargé de dossiers, le professeur Perez l’air grave fixait ses collaborateurs de ses petits yeux gris, il avait l’air fatigué et paraissait bien plus que ses 64 ans.Cheveux rares et blancs, mince et de petite taille, Prof comme l’appelait affectueusement son équipe commença alors à parler d’une voie puissante  et chargée d’une émotion inhabituelle:

” Mes amis, ce jour est très particulier vous vous en doutez, et je vous demanderais de comprendre que j’attends de vous tout le professionnalisme qui caractérise notre équipe depuis des années”.suivit un long Silence, yeux clos le prof semblait chercher comment poursuivre son discours, chacun suspendu à ses lèvres.

” Comme nous le savons tous, le réveil d’un patient plongé dans un comas profond est lent, long, délicat, et plus encore quand celui ci a duré longtemps.Monsieur Llypso est entré dans notre service il y a15 ans , et il était devenu assez peu probable qu’un tel évènement se produise, alors faisons en sorte que toute notre expérience, notre sérieux et notre humanité l’aident à affronter cette nouvelle épreuve”.Il se tu, et regarda son équipe, cherchant dans chaque regard une approbation qu’il savait pouvoir attendre de tous, et demanda de faire un tour de table pour formaliser tout ce qu’ils savaient sur la vie passée de cet homme miraculé.

Eliot Masson pris la parole de sa voix chevrotante si caractéristique qu’elle lui valait nombre de railleries et imitations de la part du personnel de l’hôpital.Il le savait mais son caractère enjoué et son humour faisaient qu’il ne s’en était jamais offusqué.

“Il y a 15 ans j’ai moi même pris en charge monsieur Llypso à sa sortie du service chirurgie où il avait été opéré de multiples traumatismes et fractures suite à un accident de la route”

“Il avait perdu connaissance au volant et sa voiture avait fait une chute de 50 mètres dans un ravin.Éjecté, il a été retrouvé seulement 8 jours après, et transporté par hélicoptère jusqu’ici.Il était au seuil de la mort, et les multiples opérations qui suivirent auraient dû lui être fatales, mais un incroyable souffle de vie semblait animer ce corps martyrisé.Seul un hématome au cerveau ne pu être retiré, et on pensa qu’avec le temps et des traitements il se résorberait.Mais si l’hématome peu à peu disparu, Mr Llypso restait sans connaissance plongé dans un comas profond.C’est ainsi que j’effectuais son admission au sein du service neurologique où il se trouve depuis.Je laisse la parole à Régina qui l’a veillé toutes ces années et a surement des éléments importants à nous dire.”

A 40 ans, Régina Saska, était une femme naturellement belle, avec de grands yeux bleus, une chevelure brune et ondulée, peu maquillée, de petites taches de rousseur sur les pommettes lui donnaient un air juvénile à peine trahi par de fines rides au coin des lèvres.Elle prit la parole les mains posées sur ses genoux et le regard perdu bien au delà des murs, avec un léger accent qu’elle n’avait jamais perdu, celui de l’Ukraine son pays d’origine:

” messieurs, je vous dirais le peu de choses que j’ai appris au cours de ces années au sujet de Monsieur Llypso, mais tout d’abord, ce qui est inscrit sur son dossier médical pour rafraichir la mémoire de chacun d’entre nous.Martial Llypso avait 25 ans le 18 aout 1995 quand il a eu cet accident en rentrant d’une sortie dans les alpes  chez des amis.On sait par les ambulanciers  qui l’ont hélitreuillé, que dans la voiture broyée se trouvait un sac à dos, un piolet d’alpinisme ainsi qu’un détecteur de métaux .Il portait des vêtements de chasse ou de pèche, des chaussures de marche et dans ses poches on a trouvé des monnaies antiques recouvertes de terre.Mais le plus étrange ce sont les ossements  d’une main droite de plus de 2000 ans que renfermait son sac à dos.On a supposé qu’il avait découvert une tombe ou un sarcophage recélant les restes d’un corps dont il avait gardé quelques os, mais ceci n’est qu’une théorie, puisque personne n’en a témoigné par la suite.Sa famille est restée à son chevet nuit et jour pendant des mois espérant et priant pour son réveil, en vain.Sa mère est morte deux ans plus tard n’ ayant plus de larmes à verser et terrassée par le chagrin.Son mari l’a  rejointe quelques mois plus tard sans avoir pu tenir la promesse  de veiller jusqu’au réveil de leur fils.Je garde en souvenir d’eux l’image de deux fantômes à peine humains qui passaient dans les couloirs, tristes erres, têtes baissées, au regard délavé d’avoir tant pleuré.Le frère de Martial passait le voir chaque semaine et lui lisait le journal ou un livre pendant de longues heures à voix basse.Puis les visites se sont espacées pour devenir mensuelles, puis une carte chaque année pour son anniversaire, et un jour plus rien.On a su par hasard qu’il vit aujourd’hui en Amérique, et semble avoir fuit tout ce qui était son ancienne vie.”

Régina inspira profondément avant de continuer, elle sentait son cœur battre intensément  sous sa blouse légère qui ne manquait jamais de provoquer des regards admiratifs lorsqu’elle passait dans les couloirs de l’hôpital.

“Voilà ce que nous savons tous, alors je vous parlerais maintenant de ce que j’ai appris au contact de Martial, car c’est ainsi que je l’appelle, nous sommes devenus de vieux amis maintenant même s’il ne le sait pas encore.Ses parents que j’ai côtoyé chaque jour et dont j’ai recueilli  larmes et  sanglots sur mon épaule, m’ont  raconté sa vie jusqu’au jour fatal de l’accident.Je pense que nous aurons besoin de cela pour l’aider avec les kinés et les thérapeutes, à se reconstruire après cette absence de 15 ans, et accepter le deuil de ses parents morts de chagrin.Je vous ferais dès ce soir un bref résumé de sa vie, mais il faut savoir que dans les mois qui ont précédé son accident il avait rencontré une jeune fille prénommée Anaïs, et que je n’ai vue que 3 ou 4 fois ici.Très amoureuse, selon ses parents, elle n’a jamais accepté l’accident et a été internée quelques mois dans un institut spécialisé dans les graves dépressions, puis elle a disparu.Je ne sais comment Martial réagira aux différents chocs que vont lui occasionner nos révélations, mais je pense que nous n’aurons que peu d’allié dans notre tache.Aussi, je pense que nous devrions rechercher cette anaïs en contactant le centre spécialisé qui l’a accueillie il y a 13 ou 14 ans, ainsi que le frère de Martial par le biais de l’office d’immigration américain”.

Sauveur écouta pieusement Régina, sans la quitter du regard, comme il lui arrivait de le faire lorsqu’il la croisait dans les couloirs.Il était subjugué par cette femme forte et autoritaire, chez qui il devinait une grande sensibilité refoulée et une solitude qui lui rappelait la sienne.Leurs rapports avaient toujours étés très professionnels, et il respectait la distance que Régina avait mis entre eux, même s’il en souffrait en silence.Il  savait que dans ses rêves elle viendrait lui effleurer la main, leurs doigts se trouveraient avant que leurs corps en fusion ne s’embrasent en une étreinte charnelle et passionnée.Il connaissait ces songes solitaires où tout est possible, où le monde s’efface pour ne laisser irradier que le bonheur de la volupté, où la carapace de sa belle se brise pour révéler un joyau.Mais Sauveur se contentait de petits bonheurs glanés ça et là, lorsqu’il avait la chance de la frôler  et que lui venaient les effluves de son parfum mêlé à l’odeur sensuelle de sa peau.Jamais il n’avait su lui avouer les tourments de son cœur,  et durant toutes ces années passées dans le même service, il n’avait  eu de cesse d’être à la hauteur pour lui prouver sa valeur de médecin et d’homme.

le petit groupe se donna rendez-vous lundi matin pour un compte rendu du week-end, et chacun prit congé avec la lourde sensation qu’une page particulière de leur vie venait de s’ouvrir.

(chapitre 4)

Avant de terminer son service, Régina se dirigea vers la chambre 107 comme elle l’avait fait d’innombrables fois, et reconnue  en elle l’étrange sensation de vertige qui faisait toujours vibrer son cœur au moment de pousser la porte.

Elle  se tenait à coté du lit de Martial, les pensés brouillées par trop de questions sans réponse, échafaudant un scénario puis le réduisant à néant l’instant d’après, lorsqu’un mouvement dans son champs de vision  l’arracha à ses réflexions.

La main droite de Martial avait bougé, elle en  était certaine, “martial” , balbutia elle de sa douce voix, posant ses doigts  sur le front de son vieil ami et confident.”martial, je sais que vous entendez, alors bougez les doigts s’il vous plait”.Elle s’attendait à un mouvement, elle l’avait espéré depuis si longtemps, mais elle reçu un choc émotionnel d’une telle intensité quand les doigts de Martial s’écartèrent, qu’elle senti ses jambes se  dérober et une lumière blanche intense noya la pièce alors qu’elle s’évanouissait.Elle sentait une douleur incendier son coude gauche cogné lors de sa chute, et c’est  honteuse et furieuse qu’elle se releva encore étourdie.

Martial avait bougé et répondu à son appel, elle en était heureuse malgré un spleen bizarre qu’elle sentait confusément l’envahir peu à peu.Le long monologue quelle avait entretenu avec Martial avait été une thérapie dans son long combat pour oublier son viol.Elle se demandait si son ami intime à l’orée de son réveil savait combien il avait été un témoin privilégié et silencieux de son propre retour à la vie, comme un miroir elle voyait en lui ce qu’avait été sa propre léthargie avec aujourd’hui un espoir de vie qui l’effrayait tant.Lâcher la main invisible de cet ami pour vivre sa résurrection plaçait Régina face à un gouffre les pieds au bord du vide, mais elle sentait que la guérison était proche, et qu’enfin l’apparence froide et dure qu’elle s’imposait allait pouvoir laisser place à la vraie Régina.Elle quitta l’hôpital après avoir informé les infirmières de l’évolution de Martial, et c’est le bras en écharpe qu’elle rejoint sa voiture au parking du personnel sans savoir si la douleur lui permettrait de conduire.Elle  reconnue Sauveur qui marchait devant elle d’un pas décidé, et le héla tout en accélérant pour le rattraper.Il se retourna immédiatement, et le radieux sourire qui apparu sur son visage d’enfant, s’effaça très vite lorsqu’il vit le bandage au bras de Régina.Elle lui expliqua sans donner de détails gênants qu’elle avait glissé et heurté le sol avec son coude, et qu’il lui aurait été agréable qu’il la raccompagne chez elle.Il ne montra pas l’immense bonheur que lui procurait cette demande, mais la rougeur qui lui monta aux joues le trahit malgré lui, ce qui eu l’effet magique de la  faire sourire.

Perdu dans ses pensés, les yeux fixés sur les feuillages brassés par le vent, le professeur Perez était à la fenêtre de son bureau lorsque le téléphone sonna.”allo, oui, lui même, oui Michèle …..”, et  il s’assit tout en écoutant la voix féminine à l’autre bout du fil.C’était Michèle, la secrétaire du laboratoire qui lui demandait de passer prendre les résultats de ses analyses,  sa voix lui envoya un frisson glacé qui lui parcouru le dos, et blême, il comprit.Depuis quelques mois il sentait bien que son corps n’était plus aussi fort qu’avant et qu’il se fatiguait beaucoup plus vite, mais il mettait cela sur le surmenage et ses 64 ans bien sûr.Il c’était résolu à consulter un confrère, qui lui avait fait un  bilan biologique complet ainsi qu’un scanner et un IRM afin de déterminer les causes de son grand abattement.Les premiers résultats avaient montré tous les caractères d’une leucémie, et les résultats complémentaires venaient donc de tomber comme un verdict , comme le couperet détache la tête du condamné, comme un éclair s’abat sur l’arbre et le brise.Il savait que ses jours étaient comptés, comme pour tout un chacun évidement la mort le prendrait un jour, mais là son compte à rebours s’accélérait inexorablement.Il raccrocha et les coudes sur son bureau se pris la tête dans les mains, il pensa instantanément à sa femme qui l’attendait dans leur immense demeure et sentit une larme de glace suivre les rides de ses joues creuses.Il rangea son bureau comme un automate, et sans s’en rendre compte se retrouva au volant de sa Mercedes coupé, moteur ronronnant, prêt à aller enlacer sa tendre épouse et lui susurrer des mots dont il avait toujours été  trop avare.

A ce moment là, Martial Llypso paisiblement endormi, ne se doutait pas encore qu’il allait devenir la pièce maitresse du puzzle de la vie de ces personnages encore inconnus.

Il somnolait avec le bruit de l’orage qui semblait s’éloigner, et percevait encore quelques gouttes projetées sur la vitre de sa chambre par les bourrasques, lorsqu’il s’éveilla.Martial pu ouvrir les yeux et bouger la tête lentement de droite à gauche, faisant connaissance avec son environnement.Sa chambre d’hôpital  devait faire  10 mètres carrés, avec une grande fenêtre sur sa gauche mais il faisait nuit et il ne percevait que la lueur blafarde d’un lampadaire reflétée par les gouttes de pluie sur le panneau de verre.La pièce était plongée dans une semi obscurité mais peu à peu sa vision s’adapta, il parvint à discerner un fauteuil de cuir foncé  sur sa droite, un placard entrebâillé dans son prolongement, et  face à lui un tableau qui lui semblait familier.Sur la tablette à sa gauche, juste à coté d’appareils médicaux, était posé un vase vide, qu’il voulu saisir mais ses bras ne répondaient pas encore à ses ordres, et seuls ses doigts se refermèrent lentement sous les draps.

Martial s’attendait à voir enfin entrer sa belle et si douce Anaïs,  une multitude de questions tournoyaient dans sa tête alors qu’il fixait la porte.

Des pas dans le couloir, une poignée qui se tourne, la porte qui ouvre sa grande bouche pour laisser passer un souffle d’air chargé d’odeurs, un bras qui apparait suivi d’une jambe, et voilà une infirmière qui s’approche de lui avec un ravissant sourire.”bonjour Martial, je suis heureuse que vous soyez de nouveau parmi nous”.Il reconnu ce léger accent qui l’avait surprit quelques heures plus tôt, ou était ce quelques jour? il ne savais pas , il ne savait plus, il ne savait rien encore…

Il essaya de lui rendre son sourire mais ne senti pas ses joues bouger, ni ses lèvres esquisser la moindre grimace, et seuls ses yeux verts brillèrent davantage.”ffffffffoouu”, le son de sa voix le surprit comme si jamais encore il ne l’avait entendu, comme un ermite sortant d’une longue retraite loin des hommes et redécouvrant la parole.”ne forcez pas monsieur, votre voix va vous revenir, avec de la patience je vous l’assure très bientôt nous converserons et apprendrons à nous connaitre.Je m’appelle Régina, et je veille sur vous depuis votre arrivée.”

Elle alluma la lumière dans la salle de bain afin de ne pas éblouir Martial qui la suivait du regard et devinait toutes les questions que dissimulaient ses grands yeux gris-verts.

chapitre 5

Régina vint s’assoir auprès de Martial, il distinguait  une certaine gravité derrière son léger sourire, et ses yeux trahissaient une nervosité  maitrisée.Elle lui parla doucement, et les mots lui semblèrent une musique hypnotique sortis des plus jolies lèvres qu’il eu jamais vu.

“Monsieur Llypso, il me faut vous avouer que ce que je m’apprête à faire n’est pas chose aisée car votre cas n’est pas banal, et je n’ai aucune expérience réelle sur laquelle m’appuyer.”

“Je voudrai vous poser quelques question auxquelles il vous faudra répondre même si vous les trouvez incongrues sur l’instant.”

“votre prénom est t-il bien Martial?, il hocha la tête, vous vous appelez Martial Llypso? nouveau hochement.”…………

Il se prêta de bonne grâce à cet interrogatoire, mais il était de plus en plus intrigué alors que les questions se faisaient plus étranges encore.

“savez vous pourquoi vous êtes là?, vous souvenez d’un accident?avez vous des sensations dans votre corps? des douleurs?”

Il sentait surtout monter en lui une vague glacée, une tempête de frissons et une chair de poule presque douloureuse.Il ne pouvait pas maitriser son corps qui pris de tremblements affola Régina.Elle se leva d’un bond et l’enlaça pour l’apaiser en le balançant doucement comme on le fait pour calmer un enfant englué dans un cauchemar,” doucement, voilà ,voilà, ça va aller, ça va aller…”.

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